Pourquoi il faut arrêter de dire « la province » ?

Un débat sans fin. À base de définition du dictionnaire d’un côté, sur fond de crispation pour certains et de non-sujet pour d’autres. Les parisiens ont pris une (sale) habitude, celle de nommée l’ensemble des régions de France (à l’exception de Paris), « la province ». Attardons-nous sur ce débat pour vous montrer que vous avez tout intérêt à ne plus utiliser l’expression de « province », surtout si vous envisagez de quitter Paris.

Pourquoi dit-on « province » ?

Pour commencer, on a ouvert les différents dictionnaires pour rechercher les définitions du mot. Et forcément, celles-ci nous font poser quelques questions…

« Région avec ses coutumes et ses traditions particulières »

Le Robert

Paris serait donc une « province » comme une autre, elle aussi ?

« Division territoriale d’un État placée sous l’autorité d’un délégué du pouvoir central, en particulier dans la France d’Ancien Régime. »

Larousse

Ah tiens… Voilà l’origine de ce terme, à base de pouvoir et de centralisation. « La province », cet héritage venu d’un autre âge…

« Ces villes, ces régions considérées comme le lieu d’un mode de vie tranquille, un peu démodé »

Larousse

Ce qui paraissait démodé ne l’est finalement pas tant que ça…

« Province » : Et si elle n’était pas celle qu’on croit ?

D’un point de vue de « centralisation des richesses et du pouvoir », il est évident que Paris décroche la première place. La seule est unique, face aux autres.

Mais si le mot « province » oppose donc « une seule contre toutes » et que l’on change le point de vue, ça marche également pour d’autres. D’un point de vue de l’appartenance forte à une culture/communauté, ça marche donc pour la Bretagne et le reste, pour la Corse et le reste (justement, la Corse et « le continent »).

En réalité, tout semble être une question de point de vue (et d’un héritage écrasant). Car, finalement, Paris est une région parmi d’autres, une « province parmi la province ».

À écouter : le podcast Les Enjeux Territoriaux de France Culture « La rivalité entre la province et Paris a t-elle encore du sens aujourd’hui ?« 

Quels sont les clichés qui alimentent ce concept ?

Ne nous battons pas, le terme est là, il est employé, c’est un fait. Derrière l’usage du mot « province » se cachent plusieurs choses :

  • Une expression entrée dans les moeurs. Même les « provinciaux » montés à Paris se méprendront après quelques années et se surprendront à dire « province » autour d’une discussion. L’effet de masse, pas réflexe, sans mauvaises arrières-pensées.
  • Une expression d’élitisme assumée. Pour d’autres, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Paris est la capitale, elle concentre les richesses et le pouvoir. Il y a donc Paris et le reste. Ça a le mérite d’être clair…
  • Une expression pour charrier les copains. Avec un peu d’humour, la province, c’est la campagne, sans modernité ni commodité. Et ses habitants, les provinciaux, des « cul-terreux » campagnards, sans éducation ni culture. On force un peu le trait, mais vous avez compris l’idée.

Faites preuve d’un brin d’empathie et de compréhension à l’égard des « provinciaux »

C’est le moment d’arrêter de se regarder le nombril et de faire preuve d’empathie. Lorsque l’on a conscience des clichés que porte l’expression « province », il est temps de se mettre à la place des gens que l’on cantonne à cette image. Comprenez donc que cela peut être accueilli avec des rires et des sourires, mais aussi des regards noirs et de l’agacement.

Vous avez du mal à comprendre où est le problème ? Demandez-vous alors si il est agréable de se faire traiter de « parigots », « bobos parisiens péteux », « parisiens insupportables qui fait la gueule tout le temps » ?

Arrêtez de dire « province », cela vous rendra service pour votre intégration

On n’en fera pas toute une histoire, on acceptera les automatismes et les dérapages en parlant de « la province ». Mais, dans le fond, on vous conseille d’arrêter de dire « la province et les provinciaux ». Ça marche beaucoup mieux avec « la région », un terme moins imbibé de clichés négatifs, qui catalogue moins les gens. Un terme qui fait d’avantage appel à la beauté de nos belles régions, pleine de diversité et de richesse.

Si vous ne souhaitez pas partir de Paris et que vous ne voyez donc pas l’intérêt de faire l’effort d’arrêter de dire « province », libre à vous… Mais pensez à vos prochaines vacances dans le sud ou sur la côte bretonne. Vous serez bien content que les « provinciaux » vous accueillent, alors respectez-les. Et si ils sont désagréables (il y a des cons partout), les torts sont peut-être partagés ? Amis de régions, cela vaut également pour vous… Tous les parisiens ne sont pas des cons prétentieux sans sourire et au porte-monnaie blindé.

Si vous souhaitez quitter Paris, vous avez tout a gagné à arrêter d’employer le terme de « province ». Car vous serez bientôt de l’autre côté ! Vous verrez, pour le bien de votre intégration dans votre nouvelle ville, ne pas dire « province » vous rendra moins hautain, moins prétentieux, moins suffisant. Bienvenue en région !

Crédit Photo : Anete Lusina – Pexels

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